Enzo Maresca s’en va : ce qu’il laisse derrière lui à Chelsea

Le 1er janvier 2026, Chelsea a officialisé la séparation avec son entraîneur, l’Italien Enzo Maresca. Cette décision, intervenue après 18 mois de collaboration, met fin à un passage marqué par des succès éclatants mais également par des tensions croissantes avec la direction et une série de résultats décevants en fin de mandat.

Qui est Enzo Maresca ?

Enzo Maresca, né le 10 février 1980 à Pontecagnano Faiano près de Salerne en Italie, a eu une carrière de joueur respectable en tant que milieu de terrain. Il a notamment évolué à la Juventus, remportant la Serie A en 2001-02, puis au FC Séville, où il a remporté deux Coupes de l’UEFA (2006 et 2007) et une Coupe du Roi (2007). Durant cette période à Séville, il inscrit un but en finale de la Coupe UEFA 2006 contre Middlesbrough (4-0) et est élu homme du match.

Reconverti entraîneur, Maresca a travaillé comme adjoint de Manuel Pellegrini à West Ham United (2018-2019), puis a rejoint Manchester City où il a entraîné l’équipe U23 en 2020-21, remportant la Premier League 2. En 2021, il connaît une première expérience comme entraîneur principal à Parme, mais est limogé au bout de 14 matches.

En 2022-2023, il revient à Manchester City comme adjoint de Pep Guardiola et participe au triplé historique du club : Premier League, FA Cup et Ligue des champions. Cette expérience aux côtés de Guardiola forgera son style de jeu, basé sur la possession, le pressing haut et une construction offensive sophistiquée.

Arrivée à Chelsea : juin 2024

Enzo Maresca a signé à Chelsea le 3 juin 2024, succédant à Mauricio Pochettino. Son contrat, d’une durée de cinq ans avec une option d’une année supplémentaire, courait jusqu’en 2029. Il prenait officiellement ses fonctions le 1er juillet 2024.

Chelsea l’a choisi en raison du style de jeu prôné par l’Italien, mais également pour son caractère et sa capacité à gérer la pression, démontrée lors de son passage à Leicester. La direction cherchait un entraîneur capable d’imposer une identité claire et de développer le jeune effectif pléthorique du club.

Le passage éclair à Leicester : champion du Championship (2023-2024)

Avant Chelsea, Maresca a réalisé une saison exceptionnelle à Leicester City. Nommé entraîneur en juin 2023 après la relégation du club en Championship, il a pour mission de ramener immédiatement les Foxes en Premier League.

Sa première saison est triomphale : Leicester termine champion du Championship en avril 2024 avec une avance confortable. Maresca remporte le titre d’Entraîneur du Mois du Championship à quatre reprises durant la saison (août, octobre, décembre et avril), un record exceptionnel témoignant de la domination de son équipe.

Leicester enregistre le meilleur départ de l’histoire du Championship après 12 matches, avec 13 victoires sur 14 matches au début de la saison. Le style de jeu inspiré de Guardiola, avec une défense à trois en construction (3-2-5) et un pressing intense, fait merveille en deuxième division.

Malgré cette réussite sportive, Maresca se heurte à des problèmes de transparence avec la direction concernant le fair-play financier et des décisions de transfert frustrantes. Dès la fin de saison, il quitte Leicester pour rejoindre Chelsea.

Ce qu’il a accompli à Chelsea (juin 2024 – janvier 2026)

Un bilan chiffré solide

En 18 mois à la tête de Chelsea, Enzo Maresca a dirigé 92 matches avec un bilan respectable : 55 victoires, 16 nuls et 21 défaites. Ce ratio de victoires (59,8%) représente une performance honorable compte tenu de la jeunesse de l’effectif et de la complexité de la situation héritée.

En Premier League spécifiquement, son bilan est plus nuancé : lors de la saison 2024-2025 complète, Chelsea termine quatrième et se qualifie pour la Ligue des champions. Durant la saison 2025-2026 en cours au moment de son départ, l’équipe occupe la cinquième place, mais avec seulement une victoire lors des sept derniers matches de championnat, une statistique qui précipite son départ.

Deux trophées majeurs

Malgré la brièveté de son passage, Maresca laisse derrière lui deux trophées significatifs :

1. Ligue Conférence UEFA (2024-2025)

Maresca remporte la Conference League lors de sa première saison, un titre qui permet à Chelsea de compléter sa collection de trophées européens. Cette victoire confirme la capacité de l’Italien à gérer les compétitions à élimination directe et à imposer son style de jeu.

2. Coupe du monde des clubs FIFA (juillet 2025)

Le trophée le plus prestigieux du mandat de Maresca arrive en juillet 2025, lorsque Chelsea remporte la première édition élargie de la Coupe du monde des clubs. En finale, les Blues battent le Paris Saint-Germain 3-0, une victoire écrasante contre une équipe que Maresca avait pourtant qualifiée avant le match de « meilleure équipe du monde ».

Après cette victoire, Maresca déclare : « Je ne m’attendais pas à ce score », exprimant sa fierté tout en reconnaissant la surprise face à l’ampleur de la domination de son équipe. Cette finale marque l’apogée de son passage à Chelsea, validant sa méthode et sa philosophie de jeu sur la scène mondiale.

Ces deux trophées placent Maresca dans une position singulière : il quitte Chelsea avec plus de titres qu’Arteta (entraîneur d’Arsenal) à ce stade de sa carrière, tout en n’ayant jamais véritablement convaincu sur la durée en championnat.

Un style de jeu reconnaissable mais contesté

Inspiré de son mentor Pep Guardiola, Maresca impose un style basé sur la possession intensive, le pressing haut et une construction offensive en 3-2-5. Les défenseurs latéraux s’intègrent au cœur du jeu, créant un surnombre en attaque et demandant aux joueurs offensifs de soutenir l’attaquant de pointe.

Cette philosophie, efficace en Conference League et en Coupe du monde des clubs, se heurte parfois aux réalités de la Premier League. L’équipe manque de constance face aux équipes plus faibles et accumule les résultats décevants en décembre 2025.

L’émergence de jeunes talents

Durant son passage, Maresca fait progresser plusieurs jeunes joueurs, notamment Moisés Caicedo, devenu un élément central du milieu de terrain. Cependant, l’indiscipline reste un problème récurrent : Chelsea termine dernier au classement fair-play avec de nombreux cartons jaunes et quatre cartons rouges. Caicedo lui-même accumule les suspensions, illustrant les limites de la gestion disciplinaire de Maresca.

Pourquoi est-il parti ?

Des tensions croissantes avec la direction

Depuis l’été 2025, les relations entre Maresca et la direction de Chelsea, propriété du consortium américain BlueCo, se détériorent progressivement. Maresca critique publiquement sa direction, une attitude qui crée un climat de défiance et fragilise sa position.

Après le match nul 2-2 contre Bournemouth fin décembre 2025, Maresca exprime publiquement ses frustrations en évoquant ses « pires 48 heures » au club en raison d’un « manque de soutien envers lui et l’équipe », une pique claire envers les dirigeants. Lors de cette même rencontre, les supporters le huent et scandent « Tu ne sais pas ce que tu fais » lors d’un remplacement controversé de Cole Palmer.

Une série de résultats catastrophiques

Le mois de décembre 2025 s’avère désastreux pour Chelsea : une seule victoire en neuf matches toutes compétitions confondues, et surtout une seule victoire en sept matches de Premier League. Cette chute libre fait glisser l’équipe à la cinquième place, à 15 points du leader Arsenal, rendant la qualification directe pour la Ligue des champions de plus en plus incertaine.

Ces résultats, combinés aux tensions internes, rendent la séparation « presque inéluctable ». Le verdict tombe le 1er janvier 2026.

Un départ à l’amiable mais brutal

Dans son communiqué officiel, Chelsea déclare : « Avec des objectifs clés encore à atteindre dans quatre compétitions, dont la qualification pour la Ligue des champions, Enzo et le club estiment qu’un changement donne à l’équipe les meilleures chances de remettre la saison sur les rails ».

Le club remercie Maresca pour sa contribution et souligne que « ces succès resteront gravés dans l’histoire récente du Club », reconnaissant les deux trophées remportés malgré la décision de se séparer.

Dans un message publié sur les réseaux sociaux après son départ, Maresca adopte un ton élégant et posé : « Je pars avec la paix intérieure », remerciant les supporters et les joueurs tout en mettant en avant le travail accompli durant ses 18 mois.

Le vide de leadership chez Chelsea

Le départ de Maresca révèle également l’échec du modèle BlueCo à Chelsea. Il devient le cinquième entraîneur permanent à quitter le club depuis le rachat en 2022, après Thomas Tuchel, Graham Potter, Mauricio Pochettino et Frank Lampard en intérim. Cette instabilité chronique illustre un vide de leadership et une gestion chaotique qui nuit à la construction d’un projet à long terme.

L’héritage de Maresca

Enzo Maresca laisse derrière lui un héritage paradoxal à Chelsea. D’un côté, deux trophées en 18 mois, dont une victoire historique en Coupe du monde des clubs, et une qualification pour la Ligue des champions à l’issue de sa première saison. De l’autre, une incapacité à installer la constance en championnat, des tensions répétées avec la direction et une discipline défaillante.

Certains supporters estiment que la décision de le limoger a été trop hâtive, soulignant qu’il a été d’une grande aide pour le club malgré les difficultés récentes. D’autres pointent du doigt son incapacité à gérer les matches contre les équipes plus faibles et sa difficulté à adapter son jeu face aux blocs défensifs compacts.

Dans son message d’adieu, Maresca affirme : « Je pars avec la paix intérieure », conscient d’avoir accompli une partie de sa mission tout en reconnaissant les limites de son passage. Son expérience à Chelsea, bien que brève, restera marquée par deux trophées significatifs et par la preuve qu’un jeune entraîneur formé à l’école Guardiola peut réussir sur la scène internationale, même si la régularité en championnat demeure l’objectif ultime à atteindre.


Avec le départ d’Enzo Maresca, Chelsea tourne une nouvelle page et se tourne vers Liam Rosenior pour stabiliser le club et relancer les ambitions en championnat. L’Italien, lui, pourra rebondir fort de ses deux trophées et de son expérience acquise dans l’un des clubs les plus exigeants du football européen.

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